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[Interview] Comment les communes de Suisse Romande se sont approprié les données de leur territoire

 12 nov. 2020

En Suisse, même les toutes petites communes ont un système d’information territorial (SIT) – un sérieux atout pour gérer le quotidien, faire face aux enjeux de demain et innover dans les services aux citoyens !

Ingénieur en géomatique, Isabelle Besson est un pilier de la filiale suisse de GEOCONCEPT. Experte de la solution Geoconcept Edilis, elle nous explique comment les communes de Suisse Romande centralisent l’information géographique, l’utilisent et la partagent avec les citoyens.

Comment se fait-il que tant de communes suisses soient équipées d’un système d’information territorial ?

Historiquement, les communes ont commencé à s’équiper de SIT à la fin des années 1990 parce que la confédération a exigé, moyennant une aide financière, qu’elles disposent d’un plan de leur réseau souterrain pour l’assainissement. Quelle que soit leur taille, les communes devaient se plier à cette obligation. C’est dans ce contexte que nous avons développé la solution Geoconcept Edilis qui, en proposant un modèle de données prêt à l’emploi, leur permettait de créer rapidement leur plan d’assainissement, de le maintenir à jour et, plus largement, de centraliser et cartographier toutes les données nécessaires à une bonne gestion du territoire, des équipements et du patrimoine communal.

Plus récemment, en 2007, la loi sur la géoinformation (Lgéo) a fixé de nouvelles règles en matière de saisie, de mise à jour et de gestion des géodonnées et métadonnées relevant des autorités fédérales, cantonales et communales. Cette loi, qui harmonise les formats de données et de métadonnées à l’échelle de la Suisse, demande également aux communes de rendre certaines catégories de données territoriales accessibles au public via un guichet/portail cartographique.

En d’autres termes, les communes suisses sont fortement incitées à s’équiper. Mais au-delà de l’obligation, je pense qu’elles se sont approprié ces outils parce qu’elles ont compris à quel point cette centralisation des données peut les aider dans leurs trois missions essentielles : informer, gérer et planifier.

« Les communes se sont approprié ces outils parce qu’elles ont compris à quel point cette centralisation des données peut les aider dans leurs trois missions essentielles : informer, gérer et planifier »

Le SIT Geoconcept Edilis est utilisé par près de 150 communes de Suisse Romande. Quelles sont les données qu’on y trouve ?

La couche de base, la fondation, c’est le cadastre. Elle est indispensable : sans cadastre, vous n’avez pas de plan des parcelles, pas de routes, pas de bâtiments, pas d’adresses… Bref vous ne pouvez rien géolocaliser précisément alors que c’est le point de départ de toute application géographique. Dès lors que vous avez ce socle, vous pouvez ajouter différentes couches : l’affectation des sols, les réseaux d’approvisionnement en eau et d’assainissement, les espaces verts, l’éclairage public… Pour que ce soit facile à mettre en œuvre, nous proposons aux communes un catalogue qui couvre aujourd’hui 25 thèmes.

Les communes choisissent les thèmes en fonction de leurs obligations, de leurs priorités et des spécificités de leur territoire. Bien entendu, chaque commune a la possibilité de développer ses propres thèmes. De notre côté, nous enrichissons notre catalogue à mesure que de nouvelles problématiques ou obligations légales apparaissent.

Comment le SIT est-il utilisé dans les communes ?

Un SIT est à la fois un outil de connaissance, de gestion, d’aide à la décision et d’information. Le fait de pouvoir localiser et visualiser sur une carte tous les objets qu’elle veut, permet à la commune d’avoir une vue d’ensemble de son patrimoine et des équipements qu’elle gère. Comme une fiche contenant des informations attributaires est associée à chaque objet, elle en connaît toutes les caractéristiques. Cela va du statut d’une parcelle au modèle et à la date d’installation d’un lampadaire, en passant par la localisation des arrêts de transport en commun, la pente et le diamètre de chaque tronçon de canalisation ou encore l’état sanitaire de chaque arbre. La commune de Rolle par exemple intègre pour chaque arbre pas moins de 27 informations et une photo !

Commune de Rolle - réseau assainissement

Géoportail de la commune de Rolle (Canton de Vaud) – 6246 habitants (2018).
Réseau d’assainissement. Chaque tronçon est décrit dans une fiche fournissant une quinzaine d’informations dont la pente et le diamètre de la conduite : https://rolle.edilis.net

Les communes utilisent leur SIT au quotidien pour instruire les demandes de permis de construire et gérer le raccordement des nouvelles constructions aux différents réseaux. Mais c’est aussi un précieux outil pour planifier les travaux d’entretien et rationnaliser les budgets afférents. Un exemple concret : un réseau d’assainissement peu pentu doit être curé régulièrement. Il faut faire passer une machine pour éliminer les graviers et les déchets qui risquent de l’obstruer. En faisant une requête dans le SIT, la commune peut rapidement identifier tous les collecteurs ayant une pente inférieure à 1%. Elle visualise où se trouvent les tronçons, calcule le nombre de mètres linéaires concernés et peut, sur cette base et en fonction du budget dont elle dispose, prendre la décision de curer 1,5 km cette année dans tel secteur, 1,5 km l’année prochaine dans tel autre, etc.

Autre exemple, en matière d’aménagement cette fois : où implanter les zones de mobilité douce et des parkings à vélo ? Pour répondre à cette question d’actualité dans de nombreuses communes, on va prendre en compte les parkings et les arrêts de bus existants, matérialiser les zones correspondant à 3 ou 5 minutes de marche autour de ces arrêts, car on sait qu’au-delà les gens ne marchent pas… On voit ainsi quelles sont les zones les moins bien desservies et où il peut être pertinent de faire de nouveaux aménagements favorisant la mobilité douce : voies cyclables et piétonnières, bornes de recharge pour vélo électriques, parkings protégés pour les vélos et trottinettes…

Les communes sont elles autonomes dans la mise en œuvre, l’enrichissement et l’utilisation de leur SIT ?

Cela dépend beaucoup de leur taille et du type de solution qu’elles choisissent. Certaines grandes communes peuvent avoir toutes les compétences nécessaires en interne, mais ce que j’observe, c’est qu’elles sont nombreuses à faire appel à un mandataire qui se charge notamment de l’intégration et de l’actualisation de leurs données. Les petites communes se font toujours aider et, parmi celles qui ont choisi notre solution, elles optent désormais plutôt pour le portail cartographique que pour une solution desktop. Cette formule 100 % online, qui s’appuie sur Geoconcept Web, leur permet de répondre avec un seul outil à leurs besoins internes et à leur obligation de publication de l’information. Enfin, pour les équipes qui travaillent sur le terrain, nous avons une version mobile de la solution. Elle est utilisée par exemple pour la saisie directe des informations lors des inventaires du patrimoine arboré ou du mobilier urbain.

Quelle que soit la taille de la commune, l’avantage du portail est de masquer la complexité sous-jacente et de permettre au personnel des différents services d’être autonome dans l’utilisation quotidienne du SIT. Le responsable des espaces verts l’utilise pour organiser les plannings d’entretien et les optimiser. Les jardiniers peuvent consulter les caractéristiques des espaces sur lesquels ils doivent intervenir de façon à toujours emporter le matériel approprié. La secrétaire à qui un habitant signale que l’éclairage public devant chez lui ne fonctionne plus pourra, en saisissant le nom de la personne ou son adresse, immédiatement localiser le lampadaire concerné et demander aux techniciens d’intervenir dans les meilleurs délais. Je pourrais citer mille autres exemples où l’accès rapide à l’information géographique contribue à une gestion plus efficace et à une plus grande réactivité des services communaux aux demandes des citoyens.

« L’accès rapide à l’information géographique contribue à une gestion plus efficace et à une plus grande réactivité des services communaux aux demandes des citoyens. »

Quelles sont les thématiques qui préoccupent actuellement les communes avec lesquelles vous travaillez ?

Nous avons beaucoup de demandes pour tout ce qui touche à l’environnement. J’ai évoqué la mobilité douce et les inventaires du patrimoine végétal, mais il y a aussi un besoin de cartographier les zones de bruit routier et les îlots de chaleur/fraîcheur, d’identifier le potentiel solaire des toits des bâtiments pour l’implantation de panneaux solaires. Les communes réalisent ou font réaliser les études de terrain et intègrent les mesures dans le SIT. En se rendant sur le géoportail d’Ecublens, un habitant voit immédiatement s’il est intéressant ou non pour lui de s’équiper de panneaux photovoltaïques.

Commune dEcublens - potentiel solaire

Géoportail de la commune d’Ecublens (Canton de Vaud) – 12 939 habitants (2018).
Cartographie du potentiel solaire. https://map.ecublens.ch

Commune de Crassier - Zone de bruit routier

Géoportail de la commune de Crassier (Canton de Vaud) – 1 175 habitants (2018).
Cartographie du réseau routier et des zones de bruit routier. https://crassier.edilis.net

Nous voyons également émerger des demandes plus sophistiquées en matière de gestion des déchets. Certaines communes commencent à s’équiper de conteneurs publics pourvus de capteurs qui envoient un signal lorsque le conteneur est plein et doit donc être vidé. L’objectif est d’optimiser les tournées de collecte, notamment à l’aide des autres outils de la gamme Geoconcept. Dans le même esprit, nous avons des communes qui cherchent àoptimiser les tournées de relevé des compteurs d’eau ou de gaz. Beaucoup de choses se font encore manuellement mais le développement des objets intelligents devient une réalité.

« La thématique « Smart City » – avec tout ce qu’elle implique en termes de localisation des équipements, de gestion et de diffusion temps réel des données – va prendre une importance croissante. »

C’est une évolution qui va considérablement aider les communes à améliorer la gestion des équipements et réseaux publics et leur permettre d’offrir de nouveaux services aux habitants, par exemple connaître en temps réel la disponibilité des places de parking. Cette thématique « Smart City » – avec tout ce qu’elle implique en termes de localisation des équipements, de gestion et de diffusion temps réel des données – va prendre une importance croissante. Et nous travaillons d’ores et déjà sur ces sujets pour continuer à accompagner les communes et à leur apporter des solutions comme nous le faisons depuis plus de 20 ans.

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