Geoconcept
SIG Actualites | 6 MIN DE LECTURE

[Entretien] La R&D vue de l’intérieur : quelles évolutions et challenges pour les logiciels professionnels ?

 13 févr. 2020

Crédits photo : Fauxels - Pexels

Ingénieur R&D et Scrum Master, Laurent Pichon est aujourd’hui responsable de l’équipe de développement « Moteurs & Composants », ces briques de base sur lesquelles s’appuient toutes les solutions et applications de la gamme Geoconcept. Il nous explique son parcours, son métier, ce qui le motive et la manière dont il voit l’avenir.

Quand et comment es-tu arrivé chez GEOCONCEPT ?

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Je suis arrivé fin 1998. Après une école d’ingénieur généraliste en informatique [l’Enseirb Bordeaux] – et une année de service militaire, puisque ça existait encore ! – j’ai travaillé environ 3 ans dans une toute petite société qui faisait déjà quelque chose se rapprochant des systèmes d’information géographique. J’ai ensuite fait un passage éclair dans une autre société où je ne me suis pas du tout plu. C’est à ce moment là que j’ai découvert GEOCONCEPT et son approche du SIG. On peut dire que ça a été le coup de foudre puisque je suis là et toujours heureux d’y être depuis un peu plus de 21 ans !

Quel a été ton premier poste et comment as-tu évolué ?

Je suis rentré en tant que simple développeur et, très vite, j’ai été nommé responsable de tout ce qui concernait l’interface utilisateur du logiciel Geoconcept. C’est un domaine qui m’intéressait et que je maîtrisais bien. Ma première mission a donc été de concrétiser la volonté de simplifier et rénover l’interface utilisateur de Geoconcept pour se rapprocher des standards des logiciels les plus « modernes » et « user friendly » de l’époque. C’est toujours une préoccupation centrale dans tout ce que nous faisons.

Cette mission accomplie, j’ai exprimé le souhait de travailler sur des choses plus conceptuelles et j’ai été nommé architecte des solutions GEOCONCEPT. C’est un travail qui n’est pas visible, mais qui est indispensable pour la bonne vie d’un logiciel. Il faut anticiper : on conçoit une architecture générale, sachant que tout ne va pas nécessairement être développé d’un seul coup. Il faut prévoir des pistes d’évolution, ce qui implique des choix stratégique… Une architecture, ce n’est pas pour 6 mois. C’est un socle qui doit porter ses fruits pendant 5 à 7 ans. Nous en sommes à la 4e génération d’architecture interne du moteur Geoconcept et j’ai eu la chance de concevoir les 3 dernières générations.

La 3e grande mission qui m’a été confiée chez GEOCONCEPT est la responsabilité d’une équipe de développement pour des choses toujours assez « invisibles » puisqu’il s’agit de l’équipe « Moteurs & Composants ». Le rôle de cette équipe est de fournir des briques de base qui vont ensuite être utilisées dans tous les produits. Ce sont des composants qui permettent de calculer des itinéraires, d’afficher une carte, d’avoir un moteur d’optimisation de tournées…

En tant que responsable d’équipe, continues-tu à développer, ou fais-tu surtout du management ?

Concrètement aujourd’hui, j’anime et coordonne une équipe d’une dizaine de personnes, chacune avec une spécialisation pointue. Et, heureusement, je continue à faire du développement ! C’est ma passion et je n’ai jamais eu la moindre envie d’arrêter. Dans les métiers techniques, les fonctions d’encadrement ne sont pas la seule voie d’évolution. On peut faire le choix de monter en expertise et avoir des jobs très gratifiants et reconnus, tout en restant dans la technique. Bien évidemment, il y a une part d’humain et elle est très importante : que l’on parle d’interface, d’architecture, de moteur ou de composants on ne travaille jamais seul, mais toujours en interaction avec les autres équipes de l’entreprise.

En 20 ans, quelles sont les évolutions qui ont eu le plus d’impact sur ton métier ?

Le passage à des architectures SaaS ou 100 % web a été un challenge. Quand j’ai commencé, nos logiciels tournaient sur des postes lourds. L’apparition des solutions web nous a amenés à découper ces logiciels monolithiques en différentes « boîtes » (les fameux moteurs et composants), à les séparer de la partie graphique et de la partie interface utilisateurs afin qu’ils soient utilisables aussi bien par le logiciel classique que par nos applications web et cloud.

Sur le plan purement technique, les algorithmes ne sont plus les mêmes qu’il y a 10 ou 20 ans parce que la recherche a beaucoup progressé ! On fait maintenant des choses beaucoup plus rapides. Les langages de programmation évoluent également, certains disparaissent aussi rapidement qu’ils apparaissent… Il y a des effets de mode, d’où l’importance de la veille qui fait partie intégrante du métier d’ingénieur R&D. Il est indispensable de se tenir en permanence au courant de ce qui se fait de mieux, à la fois au niveau des langages, des technologies et des algorithmes, afin de toujours faire les choix les plus pertinents et de proposer les solutions les plus performantes à nos clients.

Est-ce que GEOCONCEPT développe ses propres algorithmes ?

Oui, nous créons la plupart de nos algorithmes. En plus de notre recherche interne, nous avons des partenariats avec des labos de recherche qui écrivent vraiment de nouveaux algorithmes pour certains domaines spécifiques. Il faut être en permanence à l’affût de ce que produit ce monde la recherche, repérer les algorithmes intéressants pour nous, les comprendre, les utiliser en interne et parfois les adapter à nos besoins spécifiques. 

Qu’est-ce qui rend l’entreprise GEOCONCEPT si stimulante et attachante pour toi ?

C’est avant tout la confiance que l’on m’accorde. J’ai une grande liberté d’action, même si, bien entendu, je ne fais pas ce que je veux : je dois répondre aux besoins qu’on me donne en entrée, mais j’ai la liberté de trouver la meilleure façon d’y répondre. Chaque personne de mon équipe a cette liberté. C’est ce que j’aime dans ce métier : ce défi de trouver la meilleure solution et la satisfaction de répondre à un problème. C’est gratifiant. Et quand en plus on a la liberté de le faire comme on veut, c’est encore plus agréable. Ce n’est pas le cas dans toutes les entreprises…

On pourrait croire que travailler si longtemps chez le même éditeur, c’est faire tout le temps la même chose. Mon parcours prouve que ce n’est pas du tout le cas chez GEOCONCEPT ! Bien sûr, je reste dans le domaine des systèmes d’information géographique, de l’optimisation de tournées et du géomarketing qui sont les 3 grandes dominantes de notre gamme de produits. Mais concevoir des logiciels qui vont réussir à répondre efficacement à la diversité des problématiques des clients reste pour moi un challenge intellectuel tout à fait passionnant.

Enfin, GEOCONCEPT n’est pas une entreprise de 10 000 personnes. C’est une société à taille humaine au vrai sens du terme : tout le monde se connaît, travaille ensemble, prend des nouvelles et lorsque des gens partent, le lien se maintient, on reste souvent en contact, comme dans une famille élargie.

La dimension géographique de l’information est-elle mieux exploitée aujourd’hui qu’à tes débuts chez GEOCONCEPT ?

Incontestablement. En 1998 quand je suis arrivé, on était encore beaucoup dans des problématiques de cartographie, de saisie de données, de digitalisation, d’ajout de précision… GEOCONCEPT a été un pionnier en apportant de l’intelligence par le biais de la géographie, d’abord dans le domaine du géomarketing et du géodécisionnel. Nous avons capitalisé sur la maîtrise de l’information géographique pour apporter des services supplémentaires aux entreprises, typiquement avec nos applications d’optimisation de tournées. Et comme il y a de plus en plus d’informations disponibles, nous continuons à développer des outils qui démocratisent l’intelligence géographique et qui permettent à nos clients d’en extraire toujours plus de valeur.

Quels sont les défis des prochaines années pour des logiciels professionnels comme ceux sur lesquels tu travailles ?

C’est la mode de parler d’IA et d’ordinateurs censés tout faire seuls. Plutôt que d’intelligence artificielle, je préfère parler d’apprentissage. On va de plus en plus avoir des logiciels qui vont apprendre de leurs erreurs, savoir discerner ce qu’est un bon résultat du point de vue des utilisateurs et intégrer cette information pour s’améliorer. Actuellement, nos algorithmes donnent de très bons résultats techniques. Mais il arrive que ces résultats ne soient pas satisfaisants pour l’utilisateur final. Par exemple, dans le domaine de la sectorisation: on a un ensemble de points que l’on va chercher à regrouper pour faire des secteurs commerciaux à partir de critères comme « avoir le même nombre de clients dans chaque secteur ». Nos algorithmes font cela très bien, mais la forme de ces secteurs ne correspond pas toujours à ce à quoi s’attendent intellectuellement les utilisateurs. Ils vont donc les retoucher en privilégiant tel ou tel critère. C’est typiquement un domaine où l’apprentissage – le machine learning – peut nous aider à comprendre et à intégrer ce qu’est la bonne forme d’un secteur commercial pour un utilisateur final. Aujourd’hui le bon résultat est très déterminé par le développement. Demain, le logiciel aura toujours des critères à respecter en entrée, mais il sera capable d’évaluer si ce résultat-ci est meilleur que celui-là au vu des réalités du terrain. C’est un niveau supplémentaire d’intelligence.

Le défi pour nous, éditeur, est de remonter et analyser ces informations de manière systématique, dans les limites du RGPD et autres réglementations sur les données. L’introduction d’une plateforme d’adoption digitale dans les dernières versions de nos solutions est un premier pas dans cette direction. Elle nous permet d’en savoir plus sur la manière dont nos clients utilisent réellement nos logiciels et d’en déduire ce qu’il faut améliorer au niveau de l’interface utilisateur. Ce n’est pas du machine learning, mais c’est de l’apprentissage qui apporte de l’intelligence en plus et, au final, de meilleures réponses aux attentes de nos clients.

Quels sont les challenges que tu as envie de relever dans les 5 prochaines années ?

Pour moi, les challenges sont quotidiens. Il y a toujours des nouvelles problématiques, des choses auxquelles on n’a jamais été confronté et des solutions inédites à rechercher. Le grand challenge, c’est ce que je disais : avoir des logiciels qui soient capables d’apprendre et de capitaliser sur ce qu’ils font. Par exemple, dans l’optimisation de tournées, il y a plein de choses excitantes à faire pour mieux tenir compte de la réalité du terrain, réduire la distance entre l’optimum théorique et cette réalité, proposer des résultats de plus en plus réalistes et opérationnels. Cela passe par plus de remontées d’informations, plus d’analyse, plus de compréhension des différents phénomènes qui conduisent à un bon résultat pour l’utilisateur dans une logique d’auto-amélioration continue de nos logiciels.

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